ILS ONT OSÉ EN PARLER

Au quotidien, des individus, des groupes et des milieux osent parler du suicide autour d’eux. Certains le font parce qu’ils ont vécu de la souffrance et veulent éviter que d’autres souffrent à leur tour, d’autres, parce qu’ils croient en la possibilité de vivre dans une société qui refuse le suicide et aide les personnes en détresse à retrouver espoir.

AQPS

Ambassadeur
de la cause

Humoriste, animateur, comédien, improvisateur, auteur et réalisateur, Jonathan Roberge se fait cette année le porte-voix de la cause en s’engageant pour la Semaine de prévention du suicide. Interpellé particulièrement par tout ce qui touche à la santé mentale, il souhaite inviter les gens à parler ouvertement du suicide.

J’ai d’emblée accepté d’être l’ambassadeur de la Semaine de prévention du suicide, car comme beaucoup de gens, j’ai perdu trop de personnes proches de moi par suicide. Mais ce rôle vient me chercher aussi parce que j’ai moi-même, par le passé, eu des idées suicidaires.

Je veux non seulement ouvrir le dialogue et parler ouvertement du sujet, mais je veux montrer comment on peut s’en sortir, en allant chercher de l’aide. Il n’y a pas de honte à avoir eu des moments plus difficiles.

Osons en parler tous ensemble.

Jonathan Roberge,
ambassadeur de la Semaine de prévention du suicide 2024

Hubert Proulx

Crédit photo : Bastien Carrière

Témoignages

Je me suis fait la promesse que je ne perdrais plus jamais personne par suicide. Ça m’a amenée à changer : aiguiser mon regard pour être vigilante, développer des astuces pour faire cracher quelques confidences, ouvrir mon esprit, mais surtout être persévérante. 

La peine, les questionnements et les regrets sont trop grands… Ce n’est pas possible de revenir en arrière pour les proches que j’ai perdus, mais je peux encore changer les choses pour ceux et celles qui sont encore là et qui ont besoin d’un peu plus d’aide. 

Solène Tanguay
Solène Tanguay
Endeuillée

Depuis mon plus jeune âge, j’ai vécu de multiples traumatismes, je me suis toujours conditionné à avancer seul sans demander d’aide. Je mettais dans mon «pack sac» mes problèmes et je tentais d’avancer. Un jour, j’ai cédé sous son poids et je suis tombé en dépression majeure. La douleur interne et physique était horrible et je me suis isolé. Par peur du jugement, je n’arrivais pas à demander de l’aide. Cela m’a mené à faire une tentative de suicide. J’ai compris que je devais affronter mes épreuves, mais avec l’aide appropriée, aujourd’hui j’en suis plus que gagnant. 

Érick Légaré
Érick Légaré
Survivant

On a souvent peur du mot «suicide». C’est tabou, c’est lugubre. Pourtant, depuis que je travaille en prévention du suicide, je me rends compte à quel point le dire/l’écrire est libérateur : en mettant un mot sur des maux, on ouvre une porte à l’Autre. On lui permet de partager ce poids, d’en parler directement, sans jugement, plutôt que de le laisser seul dans sa détresse. 

Mon travail m’influence au quotidien. Je sens davantage cette facilité à parler de santé mentale avec mon entourage, à poser cette question simple et nécessaire : «penses-tu au suicide 

Justine
Justine
Intervenante pour suicide.ca

La formation sentinelle m’aide à parler du suicide. Lorsque je détecte de la détresse chez une personne, je lui demande comment elle va et je prends le temps de l’écouter. Je la sécurise, je veux qu’elle me fasse confiance. Je lui demande si elle a des idées suicidaires. Chaque fois mon cœur s’arrête. Lorsque je lui demande si je peux appeler pour elle au 1 866 APPELLE pour qu’elle reçoive l’aide appropriée, 100 % des réponses sont positives. L’intervenant au téléphone prend automatiquement la personne en charge. Je travaille fort pour que le mot suicide ne soit plus tabou. 

Josée Lajeunesse
Josée Lajeunesse
Sentinelle en milieu agricole

Après le suicide de mon frère, j’ai décidé de m’engager en prévention du suicide pour aider les autres, pour faire connaître la cause. Tout mon entourage sait que je suis impliquée dans cette cause et souvent on me demande de l’aide ou des conseils. C’est ainsi qu’un soir, une amie m’a écrit pour me faire savoir qu’elle pensait au suicide. J’ai pu l’accompagner et l’aider à aller consulter. Me parler lui a sauvé la vie et lui permet de vivre de nouveaux bonheurs aujourd’hui. Je travaille tous les jours à faire de la prévention du suicide. 

Mélissa Bérubé
Mélissa Bérubé
Endeuillée

Nous vivons dans une société où la notion de performance est mise en avant. Lorsque dans ma vie j’ai vécu une période sombre et difficile, mon plus grand regret est de ne pas avoir eu l’audace d’en parler et de demander de l’aide. J’avais peur du regard de l’autre et surtout de me faire condamner à cause de ma soi-disant faiblesse et de ne plus jamais travailler comme acteur.

Il est important de normaliser la demande d’aide, car non, nous ne sommes pas seuls. Nous sommes ensemble et quand notre regard, notre écoute et notre empathie sont tournés vers l’autre, on peut sauver des vies.

Hubert Proulx
Hubert Proulx
Ambassadeur de la Semaine de prévention du suicide 2023